Chine

Découvrir la Chine

Découvrir la Chine

Dans l’ombre de la Chine que l’on croit connaître, se cache un pays composite fait de déserts, d’épices, de pagodes, de mosquées, de sommets et de cavernes. Une Chine de villes tentaculaires, créative et contestataire. Une Chine de rizières où l’on gagne petit, une Chine de demain où l’on rêve en grand.

 

Pékin et le nord-est

Depuis le parc Jingshan, Pékin s’étire à perte de vue. Au premier plan, les toits recourbés de la Cité interdite. Soixante-quatorze hectares de temples et de jardins témoignant avec emphase de la vie sous les dynasties Ming et Qing. À leur porte, le portrait de Mao, la place Tian’anmen et l’ancienne université franco-chinoise reconvertie en résidence d’artistes. Beijing, “capitale du Nord”, concentre toujours les principaux dispositifs de pouvoir du pays. Et certains de ses plus beaux contrastes.

Dans le quartier historique de Xicheng (résultat de la fusion des anciens districts de Xicheng et de Xuanwu), le temple du Ciel (1420), quintessence de l’architecture chinoise, recevait autrefois les empereurs venus prier pour une bonne récolte. La Terre, carrée, y soutient le Ciel, rond et couronné de tuiles bleues. Tout cela tient sans un clou – une prouesse. Autour, les seniors pratiquent chaque jour tai-chi et diabolo, chorégraphie circassienne matinale sur fond de pins et de rosiers.

Le labyrinthe de hutong, venelles étriquées du vieux Pékin, sert aussi de théâtre à la vie quotidienne. C’est là qu’on infuse le hongcha, qu’on modèle l’argile, qu’on laque le canard… Comme avant. Pourtant, le Pékin millénaire a fait de la place, promoteurs aidant, à la mégalopole du futur.

Art contemporain et créativité semblent s’infiltrer partout. Musiciens et designers ont investi le hutong bobo de Fongjia, près du temple de Confucius, et le branché Sanlitun. Près du temple du Soleil, le Parkview Green, figure de proue triangulaire de l’architecture écolo, et le Galaxy SOHO, complexe futuriste tout en courbes, réunissent art, shopping chic et gastronomie. Le Centre national des arts du spectacle, signé Paul Andreu, semble flotter sur l’eau, opposant sa silhouette ovoïde à la rigueur communiste du mausolée de Mao. Les cerfs-volants flottent aussi, toujours nombreux, au-dessus du parc Ritan voisin. Ou l’art de brouiller la ligne du temps.

Emblème de puissance et de richesse, Pékin fut de tout temps la cité à abattre – et à protéger. Serpent crénelé ondulant de crête en crête à travers une épaisse forêt, la Grande Muraille passe à 70 kilomètres au nord-ouest de la capitale. La section de Mutianyu, l’une des mieux conservées, fut reconstruite au XVIe siècle par la dynastie Qi du Nord et donne depuis dans la carte postale.

Au nord du Wutaishan, montagne sacrée du bouddhisme, on accède à la région de Datong et à un autre pan architectural et culturel du pays, où les prouesses s’accomplissent aussi au nom de Bouddha. Maisons troglodytiques, Monastère suspendu, temple Huayan et grottes de Yungang – 252 cavernes où s’exprime le fleuron de l’art rupestre du Ve siècle.

Dans le centre de la Chine, province du Shaanxi, Xi’an, derrière ses remparts Ming, ne laisse pas soupçonner son ouverture ancestrale aux communautés étrangères. Pourtant, la grande mosquée, modèle de fusion sino-islamique, accueille depuis treize siècles les prières musulmanes, au point de départ de la Route de la soie. À l’ouest de la ville est postée l’une des plus célèbres armées au monde : celle de l’empereur Qin Shi Huangdi. Des milliers de soldats de terre cuite grandeur nature gardant la tombe de leur souverain pour l’éternité.

Daria Nikitina

 

Shanghai et le sud-est

Au bord de la mer de Chine, il y a toujours du nouveau à Shanghai, ville entre les mondes, cité de la démesure, laborieuse et cultivée. Un terrain fertile où buildings et projets fous poussent avec frénésie.

À Pudong, à l’est du fleuve Huangpu, on se tord le cou pour apercevoir le sommet de la Shanghai Tower (632 mètres), du World Finance Center et de l’Oriental Pearl Tower. Sur l’autre rive, on se serre dans le quartier historique de Puxi, marqué par les anciennes concessions étrangères. C’est ici que le Tout-Paris d’Orient vécut ses Années folles. L’ancien village de pêcheurs customisé à la sauce Art déco, du Cercle sportif français de Maoming Road aux dancings de Da Shijie.

Aujourd’hui, les portefeuilles frémissent devant les vitrines de luxe de Nanjing Lu, Champs-Élysées made in China. L’austère parenthèse communiste refermée, Shanghai a rouvert ses bras au monde dans les années 1990. Architectes et designers inspirés ont redessiné, transformé, adapté. Ainsi, l’ancien abattoir du building “1933”, emblématique monument Art déco, est-il devenu un centre culturel, l’ancien commissariat du Jingan District un temple du design, et les entrepôts textiles de Moganshan Lu une effervescente galerie d’art.

L’Occident n’a plus la mainmise sur Shanghai et tandis que la ville file la métaphore Hai Pai – style fusionnant Orient et Occident – la culture chinoise d’hier et de demain est omniprésente. Boutiques d’artisanat de Tian Zi Fang, maisons de thé, assiettes de xiaolongbao fumants (raviolis)… Le soir, on se donne rendez-vous le long du Bund, promenade fluviale à l’éclectisme esthétique où s’entremêlent des façades gothiques, baroques et néo-classiques, derrière lesquelles palaces, tables étoilées et maisons de couture ont élu domicile. En face, la ville nouvelle les observe, scintillante, depuis ses rooftops branchés.

Dong Naide / ROPI REA

 

Autour du Yunnan

À l’écart des mégalopoles, on rencontre dans la région centrale de Guangxi une Chine de toute beauté, moins cosmopolite, désormais reliée par le train à grande vitesse. À Longji et Ping’An, les communautés Zhuang et Yao ont accroché à la montagne leurs rizières en terrasses il y a plusieurs siècles. Brumes mystiques et reflets irisés du ciel dans l’eau, le spectacle du lever du soleil est saisissant.

Dans les hameaux, une autre représentation se joue chaque jour – femmes lavant le linge, paysans travaillant dans les rizières, enfants joueurs. Autour de Yangshuo, les champs filent en ligne droite jusqu’à des pains de sucre karstiques et des cours d’eau – le cadre a inspiré maints poètes et peintres chinois. À bord de radeaux traditionnels, on navigue au fil de la rivière Yulong jusqu’à Jiuxian, village millénaire dont les maisons fortifiées datent de la dynastie Tang.

Carol Sachs

 

Des déserts et des montagnes

La Grande Muraille s’est arrêtée au fort de Jiayuguan, aux portes du désert de Gobi. Là où, au temps des caravaniers, finissait la Chine. Plus à l’ouest, le parc de Zhangye Danxia a peint un tableau géologique déroutant : l’œil nu y voit des montagnes rouges, orange, jaunes, parfois vertes et bleues. Plus loin, le vent fait chanter les dunes de sable du mont Mingsha jusqu’à l’oasis de Dunhuang.

On pénètre dans le désert du Taklamakan, longtemps surnommé “mer de la mort” par les Ouïghours. Désormais, on peut sans risquer sa vie admirer les merveilleuses teintes dorées des dunes et des plaines argileuses. Longtemps englouties par l’océan de sable, de mystérieuses cités ouïghoures refont peu à peu surface, à l’instar de Gaochang (Ier siècle avant J.-C.), dont les ruines fascinantes révèlent la prospérité passée.

À l’abri de son oasis où s’épanouit la vigne, Tourfan n’a, elle, jamais disparu. De tout temps, elle fut traversée par les hommes, les marchandises, les croyances – comme en témoigne son minaret. À l’endroit le plus chaud de Chine, le bouddhisme aussi a creusé le sable. Et au fond des grottes de Bezeklik (XVe-XIVe siècles), de formidables peintures murales racontent les conflits religieux ayant agité la région.

De dune en dune, on parvient à Kachgar, fief de l’âme ouïghoure où convergeaient les tracés sud et nord de la Route de la soie. À la croisée du Taklamakan et des montagnes du Tian Shan, on troquait ici chameau contre yak, le négoce allait bon train. Chaque dimanche se tient toujours le grand bazar de Kachgar, plus grand marché d’Asie centrale, “modernisé” par Pékin. Si le cadre s’est lissé, le va-et-vient spectaculaire de corbeilles odorantes, rouleaux de soie colorés et charrettes chargées de pastèques est, lui, inchangé.

Dans les ruelles résonnent des accents kazakhs, kirghizs et pakistanais alors qu’épices, fruits, vêtements et bétail font l’objet d’âpres négociations. Cela sent le cumin et l’agneau rôti. Centre névralgique de la ville, la mosquée Id Kah peut accueillir jusqu’à dix mille fidèles. Istanbul semble bien plus proche que Pékin.

À proximité de la frontière kirghize se dessine, enfin, la limite occidentale du territoire chinois. Là, le lac Karakul creuse le plateau du Pamir de ses eaux obscures. Miroir esseulé dans lequel se reflètent collines arides et neiges éternelles. Des paysages grandioses et mélancoliques ne pouvant appartenir à aucun temps et à aucun pays.

 

Photographie de couverture : Jérôme Galland